LETTRE DE NANORTALIK (93)
de Sisimiut (côte Ouest du Groenland) à Nanortalik (côte Sud Ouest du Groenland)
du Dimanche 26 Août au Jeudi 6 Septembre 2018
Dimanche 26 Septembre, 14 heures locales (TU-2). Bruno est là sur le quai qui nous fait signe et prend les aussières de Balthazar à couple d’un chalutier dans le petit port toujours aussi archibondé de Sisimiut. Arrivé avant le déjeuner sur un petit turboprop qui l’a récupéré à l’aéroport international de Kangerlussuaq tout au fond de l’immense Sondre Stromfjord (plus de 150 milles de longueur !), il a décidé de rembarquer sur Balthazar après nous avoir quitté fin Juin à Ipiutaq pour retrouver Françoise son épouse. C’était soit pour continuer le Passage du NW si nous avions poursuivi en atterrissant sur une petite piste de Gjoa Havn ou de Cambridge Bay, soit pour rentrer avec nous depuis Sisimiut. Ce sera donc le retour ensemble avec ce solide marin, contre amiral de la Royale, fin et cultivé, compagnon très agréable qui plus est.
Auparavant, à quelques milles de l’arrivée au port, Balthazar avait été appelé à la VHF par l’officier de quart du SOLEAL, un des bateaux de croisière dans les glaces de la Compagnie du Ponant qui nous a vu arriver de loin sur son écran AIS. « Allo Balthazar on passe canal 06 ». La voix chaleureuse qui résonne maintenant n’est autre que celle de Louis Rondot, cousin d’André (Van Gaver), qui fait avec sa femme Christelle une croisière sur cet élégant navire en offrant ce beau voyage à deux de leurs petits enfants à l’occasion de leurs dix ans. Ce délicieux voyage des dix ans que nous avons offert avec Anne-Marie à Hugues et Grégoire, nos petits enfants aînés à Pise, Sienne, Florence et Rome, ainsi que, un peu plus tard à nos deux petits enfants cadets Côme et Laure à Vérone et Venise. Souvenirs, souvenirs….
Quelle coïncidence ! Ils font escale le même jour que nous à Sisimiut avant de débarquer du SOLEAL demain à Kangerlussuaq pour prendre l’avion de retour en France. Il nous avait averti de cette croisière et nous adressait de temps à autre un message sur Iridium. Ce méridional corpulent, chaleureux et expansif, ancien chef d’entreprise, déboule peu de temps après en enjambant les caisses de poisson et le pavois du chalutier auquel Balthazar est à couple. Apéritif d’accueil de Bruno et Louis à une heure un peu précoce il est vrai. Louis, lecteur assidu des lettres de Balthazar, nous raconte avec enthousiasme et faconde sa croisière. Passionné de bateaux et de grande croisière il fait construire son quatrième grand catamaran, 4 Ever, par le chantier JFA. Avec sa rondeur il nous a fait inviter par son commandant à visiter le SOLEAL sans plus tarder car il appareille à 18h. Ce dernier nous accueille fort gentiment à la passerelle au sein de laquelle les officiers nous présentent leurs moyens de navigation impressionnants. Il nous explique que trois hommes veillent en permanence à la passerelle les icebergs et growlers ; par temps de brouillard ou de nuit un quatrième les rejoint. Je suis impressionné par la puissance des quatre projecteurs qui équipent la proue. Les deux fixes ont une portée de quatre milles ! La vision de la mer depuis les immenses glaces de la passerelle et à cette hauteur est remarquable. Rien à voir avec l’homme de quart seul sur Balthazar qui se penche dehors, au ras des flots, tel un chauffeur de locomotive à vapeur dont la grosse chaudière lui cache la vue de devant, pour y voir dans la boucaille alors que la capote est pleine de gouttes d’eau et de buée, quand ce n’est pas de la neige fondue. Ils nous expliquent comment ils pallient la faiblesse voire l’absence de cartographie dans certaines zones que nous contournons prudemment en utilisant sur un très grand écran le système OLEX. Cette société de services donne par abonnement les routes précises suivie par les bateaux clients qu’ils ont archivées, associées aux relevés des sondeurs de ces mêmes bateaux. Quand SOLEAL se trouve dans une zone mal cartographiée il choisit et suit une route parmi toutes celles qui s’affichent sur l’écran. Deux puissants radars, aux fréquences différentes, fournissent des images remarquables sur de grands écrans. Il n’empêche que malgré tout cela ce n’est pas un voilier qui s’est échoué sur des rochers il y a quelques jours dans la Committee Bay, au sud de la péninsule de Boothia, pas très loin de Cuming inlet où nous nous trouvions, mais le paquebot de croisière Academic Loffe. Deux brise-glaces canadiens sont allés précipitamment récupérer tous les passagers et l’équipage ! Pourtant ces gros bateaux n’ont pas un tirant d’eau très impressionnant, 5m seulement pour SOLEAL contre 3,60m pour Balthazar. Quand je dis à ma chère Yvette, mère de Aude ma belle-fille, férue de croisières COSTA, en la titillant un peu, que finalement je préfère la sécurité de BALTHAZAR à celle des bateaux de croisière, j’exagère à peine.
Le commandant nous indique qu’il va probablement faire appel à un brise-glace canadien pour franchir le verrou mais il attend pour le commander des nouvelles de son sister ship BOREAL actuellement à Pond inlet et passant 5 jours avant lui. Ce service est en effet facturé très cher.
Le temps est très perturbé avec la saison qui s’avance en Atlantique Nord. Les dépressions naissent et passent ici sur la mer du Labrador. Une dépression très creuse (971 HPa) nous est annoncée sur la côte SW du Groenland et le cap Farwell générant là des vents de tempête. Mais il nous faut avancer car une autre arrivera derrière nous. Faisons du Sud pendant deux jours pour nous rendre à Nuuk, à 200 milles d’ici, si l’absence de glaces le long de cette côte se confirme nous autorisant à naviguer de nuit. Nous nous y abriterons pour la laisser passer.
Mercredi 29 Août 12h. Balthazar remonte à la voile le fjord conduisant à Nuuk en eaux plates au milieu de nombreuses îles et îlots. Belle navigation à la voile pour nous consoler de cette longue étape sans vent, le calme qui annonce la tempête, faite essentiellement au moteur. A 14h le sympathique capitaine du port nous accueille à nouveau en nous désignant une place au bas d’un grand quai pour les gros navires.
Nous serons là en sécurité pour laisser passer le coup de vent tout en étant à quelques pas du confortable foyer des marins, sa cafeteria et sa WiFi.
Sur la route nous avons croisé à nouveau SOLEAL qui revenait de Kangerlussuaq où il avait déposé ses passagers à l’aéroport et embarqué la nouvelle fournée faisant la longue croisière du Passage du NW jusqu’en Alaska. Le commandant vient gentiment à la passerelle pour nous saluer à la VHF. Il nous informe qu’il a reçu un warning des coasts guards canadiens mettant en garde les voiliers de plaisance qui tentent encore de passer sur les risques qu’ils prennent, et les avertissant qu’ils ne pourront pas compter en cas d’accident sur une arrivée rapide des deux brise-glaces canadiens occupés à effectuer le sauvetage des passagers de l’Academic Loffe plus au Sud.
Malgré un blocage complet par les glaces du verrou du détroit de Franklin et une présence importante de la banquise à l’Ouest jusqu’à la pointe Barrow, ainsi que des prévisions très négatives, quelques voiliers en effet s’acharnent encore à tenter le passage. Peter, de Kiwi Roa, nous envoie un message nous apprenant qu’il a finalement renoncé et fait demi-tour sous la pression de Marlyse, sa compagne. Il vient après 60 heures de combat pour se dégager des glaces, pratiquement sans sommeil, d’arriver à Tay Bay, sur l’île de Bylot. Mais il nous annonce à notre stupéfaction qu’après s’être reposé et avoir passé ce moment de faiblesse il a l’intention de retourner tenter à nouveau sa chance. Je lui envoie un message pour essayer de le raisonner et je m’inquiète pour lui et sa compagne. Il finira lui aussi par renoncer.
D’autant plus que l’attente au mouillage dans ces régions est dangereuse à cause des floes de plusieurs dizaines de tonnes qui viennent heurter les bateaux et peser sur les chaînes, entraînés qu’ils sont par de forts courants de marée.
Justement un message de Victor du 29 Août nous apprend qu’Anahita, un voilier argentin avec deux hommes à bord, a déclenché sa balise de détresse et vient d’être coulé. Les deux hommes se retrouvent assis sur un floe à la dérive et passent une nuit sans doute terriblement angoissante. Sauvage et Atka sont proches d’eux mais ne peuvent rien faire étant eux-mêmes entraînés par le pack. Leur présence proche et leur liaison avec eux par leur VHF mobile les soutient quand même. Le plus proche brise-glace canadien est à 12 heures de navigation en revenant des opérations de sauvetage de l’Academic Loffe. Il arrive sur zone le lendemain matin et son hélicoptère récupère les deux naufragés sains et saufs.
La presse canadienne du même jour, relayée par Bertrand, nous apprend qu’un autre hélicoptère a recueilli deux chasseurs alors que le troisième est mort tué par une mère ourse et son ourson.
Comme quoi on a peut-être tendance à sous-estimer le danger de ces glaces et de ces ours apparemment débonnaires que l’on rencontre dans ces lieux.
Sauvage, Crystal et Akta se sont eux aussi rendus à la raison ; ils ont décidé de faire demi-tour et se battent dans le Lancaster à nouveau envahi de glaces pour revenir en sécurité à Tay Bay et Pond inlet. Dominique, de Chaman, m’informera que Sauvage est sorti de la zone dangereuse le 4/9 seulement alors que Crystal m’adressera le matin du 5/9 un message me disant qu’il est toujours pris dans les glaces; Christian Dumard et sa fille Clara sur leur Sun Fast 38’ Happy trip sont également sur le chemin du retour et hiverneront leur bateau à Nuuk, je suppose pour tenter à nouveau leur record l’an prochain. En dehors d’un coup médiatique organisé par Clara qui a une boîte de com je ne vois pas trop personnellement l’intérêt d’un tel « record ». Que veulent-ils démontrer ? Que l’on peut aller se promener sans risques à la voile, dans les glaces, sur un petit voilier de course fragile ? Certainement pas si l’on voit simplement ce qui est arrivé à Anahita et aux autres voiliers beaucoup plus robustes qui ne s’en seraient pas sortis sans leur moteur. Que l’on peut passer le Passage du Nord Ouest tout à la voile ? Certainement pas si les concentrations de glaces excèdent 1/10 ce qui est très fréquent. Et encore dans des eaux à 1/10 de concentration cela doit être déjà bien compliqué. Que l’on peut le faire si les eaux sont libres (moins de 1/10) tout le long du parcours, ce qui arrive parfois ? Il n’y a pas besoin de tout ce tapage pour répondre oui. Le « record » de Yvan Bourgnon franchissant dans des conditions plus que hasardeuses (dans son livre il montre qu’il a failli mourir plusieurs fois) sur un petit catamaran de sport non habitable le passage du NW a bien failli mal se terminer après s’être fait prendre par les glaces. Ces « records » individuels, spécialité médiatisée bien française (cocorico !), dépendent infiniment plus des conditions de vents ou de glaces que de l’habileté des équipages même s’ils sont le plus souvent de haut niveau. L’affrontement à armes égales des coureurs du Vendée Globe, de la Whitbread, ou autres grandes courses a un tout autre sens. Les anglais regardent pour cette raison ces « records frenchies » avec une réserve voire une réprobation certaine. Moi aussi.
J’apprends au cours de ces nombreux échanges une autre nouvelle sidérante : Thor, un Garcia 54’ semble-t-il, a forcé le passage du détroit de Bellot dès le 6 Août alors que les cartes de glaces montraient certes des conditions plus favorables dans le Prince Regent inlet, mais un blocage total à la sortie ouest et dans le détroit de Franklin avec des concentrations 9/10+. Sans surprise Thor s’est retrouvé pris par les glaces pendant 15 jours puis plusieurs autres fois pendant un à deux jours. Risques extrêmes et méthode ahurissante pour passer à tout prix. Ils courent le risque sérieux d’être obligés d’hiverner dans le Passage. Je me demande dans quel état peut maintenant se trouver la coque de ce beau Garcia ! Parmi les marins comme parmi les alpinistes il y a toujours quelques trompe-la-mort!
Il nous faut maintenant bien jouer avec la météo et les coups de vent violents qui passent. Après une journée de repos Balthazar appareille Vendredi 31 Août à 10h les pleins d’eau et de gasoil faits, mettant à profit un créneau calme de deux jours pour foncer vers le Sud et nous abriter à Qaqortoq, 310 milles plus au Sud, avant le prochain épisode de vents violents. Belle sortie en eaux plates à travers l’archipel d’îles et îlots innombrables qui débordent la côte.
Les nuits se sont allongées et approchent maintenant en durée celles de chez nous. Pour réduire le risque de collision avec un growler errant recraché par un des fjords glaciaires que nous doublons je trace une route très au large, à une quinzaine de milles de la côte. Le radar tourne en permanence qui nous offre, grâce à la mer calme, une image excellente. Nous ne verrons en une cinquantaine d’heures de traversée qu’un seul iceberg et n’apercevrons qu’un seul petit growler. Par précaution la vitesse est réduite la nuit à 5 nœuds environ.
La lune est revenue ! Nous n’avions pas vue depuis des semaines un clair de lune soit à cause des jours permanents soit à cause de la couverture nuageuse. C’est pendant mon quart de nuit (traditionnellement de 21h à 1h du matin) que je revois avec plaisir le scintillement de notre vieille compagne dans la mer. C’est mon cadeau d’anniversaire pour fêter mes 78 Printemps aujourd’hui Samedi 1er Septembre.
Nous allons le fêter dignement dans la coquette petite ville de Qaqortoq où nous arriverons demain matin. Au menu de Dimanche soir : Champagne accompagné de toasts de jambon espagnol pata negra et de saumon fumé, gigot d’agneau aux flageolets, fromages, coupe de poires au chocolat fondu. Dîner arrosé par un excellent Château Latour Pauillac grand cru 2007 que nous a généreusement offert Louis Rondot à Sisimiut. A ta santé Louis ! Je suppose qu’il provient de la cave du SOLEAL qui doit être certainement bien fournie. Une vieille eau de vie de poire couronne ce dîner de fête, pardon d’anniversaire. Il ne manquait que les bougies, certainement parce qu’Anne-Marie, Bénédicte ou Mimiche étaient absentes ! Mais nous chantâmes entre hommes des chansons de marins issues du répertoire bien fourni de Jean-Jacques. Ambiance chaude autant que chaleureuse dans le carré de Balthazar….
Eric Abadie, skipper de Manevaï, m’a envoyé, en même temps que ses nouvelles, un message d’anniversaire sympathique. Avec Manevaï Eric a tenté le Passage du NW en 2014 mais a dû faire demi-tour comme nous et pour les mêmes raisons. Il l’a réussi en 2016 et a poursuivi une très belle croisière par l’Alaska, où il a hiverné à Sitka, la Colombie britannique, la Californie, la mer de Cortez et le Mexique où il a hiverné.
Il est actuellement dans l’archipel des Touamotous après avoir passé un mois aux envoûtantes (ce sont ses mots) Marquises. Mon projet, quoi. Mais Eric est au milieu de sa soixantaine. Repartir pour un tour du monde de trois années alors que j’aurai 79 ans au départ l’an prochain est-ce toujours jouable? Il me faut apporter un réponse dans les prochains mois car une telle entreprise ne s’improvise pas.
Une heure après avoir tourné les amarres à Qaqortoq un inuit jeune, dynamique, vigoureux et bien habillé débarque sur le quai de sa voiture impeccable et atterrit rapidement dans le carré de Balthazar. C’est le beau-frère du vendeur du magasin Osivit de Nuuk que celui-ci m’avait indiqué comme susceptible d’être intéressé à racheter le fusil Browning que j’avais acheter à l’aller. Acheté 8000 couronnes danoises, je lui en demande 7000, il me propose 6000 ; affaire conclue rapidement. Il sort alors de sa poche 6 dizaines de billets de 100DKK bien rangés qu’il avait préparées
Voilà quelqu’un d’organisé et rapide. Il repart aussi sec avec le fusil flambant neuf dans sa boîte en nous ayant montré quand même sur son smart phone le film de son coup de canon harpon et du hissage d’une baleine à bord de son bateau de pêche Ani Kiiki. Le fusil ce sera pour tuer les phoques. Il faut être bon tireur pour tuer à une certaine distance un phoque qui sort seulement sa tête de chien de l’eau pour faire, tel un périscope, un tour d’horizon rapide avant de replonger. Le coup parti il faut foncer plein pot avec le canot pour le repêcher si l’animal a été tué car sinon il coule rapidement.
Le dernier fichier grib confirme le passage d’une dépression sur le Sud du Groenland où nous nous trouvons avec des barbules de vent qui n’ont plus de petites barres mais un triangle noir soit 50nds de vents gribs. Les vents gribs il faut en moyenne ajouter 20% pour avoir les vents réels, puis 40% pour les rafales. Mais Jean-Yves Bernot, grand météorologue et conseil des courses océaniques nous avertit, dans son bouquin de Météo pour la course et les grandes croisières en présentant les nombreuses corrections à apporter aux vents gribs pour interpréter correctement ces sorties brutes d’ordinateur (de vents prévisionnels moyennés 10mn à 10m de hauteur) pour estimer les vents réels : « attention, au-delà de 45nds de vents gribs les vents réels peuvent être n’importe quoi ». J’ai pu le vérifier au détroit de LeMaire, à l’extrémité SE de la Terre de Feu où les fichiers gribs annonçaient 60 nds de vent. Aux abris ! Avant de s’envoler l’anémomètre de Balthazar a mesuré à son mouillage de la baie Thétis des vents de 100nds avec rafales à 130/140nds, un ouragan déjà respectable sur l’échelle de Saphir.
Mercredi 5 septembre. Le fort coup de vent annoncé se déchaîne au large mais Balthazar, bien à l’abri dans le port de Qaqortoq, ne ressent que des rafales ne dépassant pas 30 nds. Il pleut dehors ; l’équipage bouquine, sudokute, écoute de la musique et pianote des mails dans le cocon douillet de Balthazar. Pour sortir un peu malgré le temps exécrable nous montons déjeuner à l’hôtel confortable qui surplombe le port.
Henri (Laurent, le père de Sailgrib) nous envoie par mail le communiqué de presse de la Compagnie du Ponant annonçant que ses deux bateaux sont bloqués par les glaces dant le détroit de Lancaster pour SOLEAL, à Fort Ross à l’entrée du détroit de Bellot et doivent faire demi-tour, les brise-glaces canadiens déclarant forfait. Cette année le Passage du Nord Ouest n’a pas voulu, même pas des brise-glaces.
Tiens le groupe électrogène s’arrête soudain sans signes précurseurs. Arrêt sur déclenchement de la sécurité qui indique LOC : Loss of Coolant. Diagnostic : obturation du circuit de refroidissement à l’eau de mer au niveau de l’entrée dans le passe-coque. L’eau n’arrive plus au filtre. Le gonfleur électrique du zodiac est raccordé au tuyau d’arrivée d’eau de mer au filtre et expulse le corps étranger qui a été malencontreusement aspiré. Tout rentre dans l’ordre et l’eau bouillonne à nouveau dans le filtre Vetus au couvercle transparent quand le groupe est remis en marche; heureusement car Balthazar n’a pas vu une prise de courant électrique de quai depuis Dingle il y a 3 mois. C’est lui qui nous fournit l’essentiel de l’énergie électrique pour les pompes et aérothermes du chauffage, le réfrigérateur, les congélateurs, les pompes des toilettes et autres, l’éclairage, la chaîne de musique, les recharges des PC, Smart phones, tablettes, Ipod.., la consommation des instruments électroniques et notamment du radar, le guindeau, le propulseur d’étrave, les feux de route, les projecteurs de pont….Elle est bien loin l’époque de la marine à voiles sans moteurs et éclairée aux lampes à huile.
Immobilisés au port depuis Lundi par la prévision de ce coup de vent nous mettons à profit la belle journée de Mardi pour faire une lessive et des travaux d’entretien de Balthazar. Je monte en particulier en tête de mât, hissé par les équipiers dans mon baudrier d’escalade, pour observer le nez sur l’émerillon de l’enrouleur l’enroulement et déroulement du génois. Celui-ci est devenu en effet assez résistant et nous en cherchons la raison. Fonctionnement normal de l’émerillon qui ne se bloque pas en enroulant la drisse autour de l’étai comme je le craignais. Je l’avais fait changer préventivement pour cette expédition, il est donc tout neuf (il a quand même déjà fait 6600 milles depuis notre départ le premier Juin). Je relâche d’un cran la tension excessive de la drisse et l’enroulement se fait à nouveau plus doux.
Jeudi 5 Septembre. La dépression est partie vivre sa vie en Atlantique Nord et Balthazar appareille à 7 heures par temps calme. Nous en profitons pour rejoindre le large par un parcours intérieur sauvage entre les îles et îlots qui débordent la côte Sud Ouest du Groenland. Le soleil est revenu, le vent est faible, la mer belle et l’équipage apprécie la salade excellente de thon, mayonnaise, crevettes, œufs durs, câpres que Jean-Jacques nous a concocté. Avec de simples pommes de terre vapeur c’est délicieux.
Nous revoilà à Nanortalik. Demain Balthazar appareillera pour Aappilattoq, prêt à entreprendre Samedi, au débouché du Prince Kristian Sund, la traversée retour vers Reykjavik pour laquelle la météo nous promet des conditions favorables avant l’arrivée de la dépression suivante. Il ne faut pas louper la fenêtre.
aux équipier(e)s, parents et ami(e)s qui ont la gentillesse de s’intéresser à nos aventures marines.
Pour lire d’autres lettres de Balthazar ou connaître sa dernière position visiter le site de Balthazar artimon1.free.fr (ne pas taper www devant)
Pour la position vous pouvez aussi cliquer sur l’adresse www.trackamap.com/balthazar
Équipage de Balthazar: F. Jean-Pierre d’Allest, Jean-Jacques Auffret, Claude Carrière, Bruno Thomé, André Van Gaver